Deuils et traumatismes
Quand quelque chose ne passe pas
« Ce qui ne s'est pas digéré au moment où ça aurait dû l'être attend dans le corps et dans la conscience. Le travail est de créer les conditions où ça peut enfin se déposer. »
Il y a des choses qu'on traverse sans presque s'en apercevoir. Et il y en a d'autres qui restent. Un accident. Une perte. Une scène qui revient, à des moments qu'on n'a pas choisis. Un visage qu'on ne peut plus voir en photo. Une chambre où l'on n'arrive plus à entrer. Un endroit, une saison, une odeur qui suffit à tout faire basculer.
Ce qui caractérise ces traces, ce n'est pas leur ancienneté — c'est qu'elles continuent à agir comme si ça venait d'arriver. Le corps réagit, l'émotion monte, l'évitement s'installe. Et plus le temps passe, plus une vie peut s'organiser autour de ce qu'il faut éviter pour que ça ne revienne pas.
L'accompagnement que je propose vise précisément ces traces — qu'elles soient nées d'un choc unique, d'un climat répété, ou d'un deuil qui n'arrive pas à se faire.
Le traumatisme — ce qui n'a pas pu se digérer
Notre organisme dispose d'un mécanisme intégré de digestion des chocs : pendant les phases de sommeil paradoxal, ce qui nous est arrivé dans la journée se traite, se range, perd sa charge. Dans l'immense majorité des cas, ce mécanisme fonctionne très bien — et c'est la raison pour laquelle nous n'avons pas tous l'air d'écorchés vifs malgré ce que la vie nous fait traverser.
Mais il arrive qu'un événement soit trop intense, surgisse à un moment où le système ne peut pas l'intégrer, ou tombe sur un terreau déjà fragilisé par d'autres expériences. À ce moment-là, l'événement reste bloqué — comme un fichier qu'on n'arrive pas à classer. Il garde tous ses détails, toute sa charge émotionnelle, toute son intensité corporelle. C'est cela qu'on appelle un traumatisme.
Trois cas de figure
Tous les traumatismes ne se ressemblent pas, et on ne les aborde pas tous de la même façon.
Un traumatisme simple est un événement identifiable, souvent récent, qui n'a pas de résonance majeure avec l'histoire ancienne. Une dame qui a assisté à un accident sur la route et qui ne peut plus reprendre le volant. Une agression isolée chez quelqu'un de stable par ailleurs. Ces traumatismes se travaillent souvent en peu de séances.
Un traumatisme complexe est un événement — ou une série d'événements — qui s'inscrit dans un terreau déjà préparé, qui mobilise plusieurs niveaux à la fois, qui résonne avec des expériences antérieures. Un abus dans l'enfance, une violence prolongée, un deuil traumatique sur un sol déjà fragile. Ces traumatismes demandent plus de temps, et il faut presque toujours remonter à des couches plus anciennes que celle qui amène la personne.
Un traumatisme structurel désigne une organisation plus profonde : la personne n'a pas seulement subi un événement, elle s'est construite autour. Ses relations, ses croyances, sa façon d'exister dans le monde se sont organisées pour éviter ce qui pourrait réveiller la blessure. Ce n'est plus seulement une trace à nettoyer : c'est une architecture à transformer. Ce travail demande de la confiance, du temps, et un rythme qui respecte la personne — il ne se force jamais.
Quand une part de soi s'est mise à l'abri
Devant ce qui ne peut pas être traversé sur le moment, l'inconscient fait ce qu'il sait faire : il protège. Parfois, il met à distance ; parfois, il fait oublier. Parfois aussi — et c'est ce que les approches occidentales nomment dissociation et ce que les traditions chamaniques appellent perte d'âme — il laisse partir une part de la personne, qui se met à l'abri d'un côté pendant que le reste continue à vivre.
Le travail, dans ces cas-là, ne consiste pas seulement à désamorcer la mémoire du choc. Il consiste aussi à ramener cette part — l'inviter à revenir, à un moment où c'est devenu possible. C'est ce qu'on appelle un recouvrement d'âme, et c'est l'une des dimensions de mon travail pour les traumas anciens et structurels.
Le deuil — entre deux écueils
Faire son deuil, ce n'est pas oublier. Ce n'est pas non plus rester arrimé à ce qui a disparu. C'est une troisième chose, et c'est précisément cette troisième chose qui peut être difficile à trouver.
Quand un deuil ne se fait pas, c'est presque toujours qu'on se tient sur un de ces deux écueils :
Ne pas laisser partir. Continuer à vivre comme si la personne, ou la relation, ou la situation, était encore là. Garder la chambre intacte, le téléphone enregistré, les habitudes inchangées. La douleur est moins forte ainsi — mais la vie aussi. Quelque chose en soi reste arrêté au moment de la perte, et le présent n'arrive plus à être pleinement habité.
Ne plus être en lien. Couper. Tourner la page. Faire comme si. La douleur passe au second plan, mais le lien aussi — et avec le lien, quelque chose de la personne qu'on était, de l'histoire qu'on a vécue, de la valeur de ce qui a été. On finit souvent par s'apercevoir qu'on a coupé bien plus que ce qu'on voulait.
Le deuil qui se traverse ne se tient sur aucun des deux. Il laisse partir — accepte que la personne, la relation, le projet, ne sont plus là — et il reste en lien : avec ce qui a été aimé, ce qui a été reçu, ce qui continue à compter même quand l'autre n'est plus présent. Ces deux mouvements vont ensemble. C'est ce travail-là que la thérapie peut accompagner.
Ce qu'on peut traverser
Cet accompagnement peut aider à traverser :
- le deuil d'une personne (parent, enfant, conjoint, ami) — même très ancien, même incomplet ;
- les deuils qui se sont accumulés sans avoir pu être déposés ;
- les deuils plus discrets mais réels : d'une relation, d'un endroit, d'un emploi, d'une santé, d'un projet, d'une part de soi ;
- les deuils traumatiques — quand la perte s'est doublée d'un choc (suicide, mort brutale, perte d'un enfant) ;
- les loyautés invisibles qui empêchent parfois de continuer à vivre pleinement après une perte (« je n'ai pas le droit d'être heureux puisqu'il n'est plus là »).
Comment se déroule l'accompagnement
Il n'y a pas de protocole standard. Chaque trace est singulière, et ce qui la dénoue est ce qui la rejoint à l'endroit où elle vit.
En séance, je lis sur quatre canaux à la fois — le corps, les mots, ce que je ressens en présence de vous, la dynamique énergétique en jeu — pour repérer où la trace s'est inscrite et ce qu'elle porte. Une fois ce lieu trouvé, je crée les conditions où votre propre conscience peut la rencontrer. Ce qui libère, ce n'est pas l'analyse — c'est cette rencontre directe.
Pour un traumatisme simple, deux à quatre séances suffisent souvent. Pour un trauma complexe, il faut compter davantage, parfois beaucoup plus. Pour une structure, le rythme se construit avec la personne, et les séances peuvent s'espacer de plusieurs mois entre deux étapes — ce n'est pas un retard, c'est le rythme du vivant.
Je ne cherche jamais à aller plus vite que vous. On ne joue pas à Dieu avec les souvenirs des gens.
En savoir plus sur ma façon de travailler : La lecture des traces de vie →
Pour qui — et pour qui pas
Cet accompagnement s'adresse à toute personne adulte qui porte un traumatisme ou un deuil qui ne passe pas, et qui est en capacité de revisiter ces expériences avec un thérapeute.
Important : ce travail n'est pas une psychiatrie et ne s'y substitue pas. Pour les traumatismes sévères, les états dépressifs, les troubles dissociatifs, les idées suicidaires, ou tout ce qui relève du soin psychiatrique, un suivi médical est indispensable. La thérapie brève intervient en complément, jamais en remplacement. Si vous êtes actuellement suivi par un médecin ou un psychiatre, parlez-lui de la démarche que vous envisagez — il est parfois utile que nous puissions communiquer dans votre intérêt.
Pour me rencontrer
Cabinet à Meximieux (20 min de Lyon) · séances aussi à distance (visioconférence) 📞 06 80 20 01 44
Mentions déontologiques
Ce qui relève de la psychiatrie reste réservé aux psychiatres ; le travail thérapeutique par thérapies brèves ne se substitue pas à un suivi médical. Je n'émets aucun diagnostic ni prescription, et n'interviens sur aucun traitement. Pour les traumatismes sévères, les états dépressifs et les troubles dissociatifs, j'interviens en complément d'un suivi médical adéquat.